.

La tribu prophétique aux prunelles ardentes
Hier s'est mise en route, emportant ses petits
Sur son dos, ou livrant à leurs fiers appétits
Le trésor toujours prêt des mamelles pendantes.

Les hommes vont à pied sous leurs armes luisantes
Le long des chariots où les leurs sont blottis,
Promenant sur le ciel des yeux appesantis
Par le morne regret des chimères absentes.

Du fond de son réduit sablonneux le grillon,
Les regardant passer, redouble sa chanson ;
Cybèle, qui les aime, augmente ses verdures,

Fait couler le rocher et fleurir le désert
Devant ces voyageurs, pour lesquels est ouvert
L'empire familier des ténèbres futures.

"Bohémiens en voyage "
Les fleurs du mal
Charles Baudelaire (1821-1867)

.
# Posté le vendredi 01 février 2008 09:31
Modifié le mardi 20 mai 2008 08:16

Mes livres

Mes livres
Les étoiles symbolisent les livres qui m'ont marqué, plus il y a d'étoiles plus ils m'ont enrichis :)

Anouilh Jean : Antigone *
Assouline Pierre : Double vie
Auel JM : Les enfants de la terre *

Badinter Elisabeth : L'un est l'autre
Balzac Honoré : La femme de trente ans
Balzac Honoré : Eugenie Grandet
Balzac Honoré : César Birotteau
Barbery Muriel : L'élégance du hérisson ***
Bazin Hervé : Vipère au point
Bernheim Emmanuelle : Sa Femme
Bronté Emilie : Jane eyre *
Bronté Emilie : Les hauts de Hurlevent
Buck Pearl : Pavillon de femmes
Buck Pearl : Vent d'est, vent d'ouest
Bukowski : Women

Camus : L'étranger **
Cauvin Patrick : E = mc², mon amour
Carré (le) John : La constance du jardinier
Celine, Louis-Ferdinand : Voyage au bout de la nuit **
Cendras Blaise : L'or
Cesbron : Chien perdu sans collier
Cesbron : Il est plus tard que tu penses
Chedid Andrée : Les metamorphoses de Batine *
Coe Jonathan : La maison du sommeil
Coelho Paulo : L'alchimiste
Coelho Paulo : Sur le bord de la rivière piedra, je me suis assise et j'ai pleuré
Cohen Albert : Belle du seigneur ***
Colette : Claudine
Cyrulnick : Sous le signe du lien
Cyrulnick : Vilains petits canards

Danois Pierre : Les carnets du major Thompson
Dante : L'enfer ***
De Beauvoir Simone : Mémoires d'une jeune fille rangée ***
De Beauvoir Simone : La force de l'age**
De Beauvoir Simone : La force des choses**
De beauvoir Simone : Lettres à Neslon Algren
De Grèce Michel : La nuit du sérail
Delbé Anne : Une femme Camille Claudel *
Delerm Philippe : La première gorgée de bière
Deniau Jean françois : La lune et le miroir *
Deniau Jean françois : Tandjoura
Deon Michel : Je ne veux jamais l'oublier *
Dumas Alexendre : Les trois mousqutaires
Dumas Alexendre : le conte de Monté cristo
Dumas Alexandre Fils : La dame au camélias **
Duras Marguerite : L'amant

Eliacheff Caroline : Mères filles une relation à trois
Ernaux Annie : Passion simple *
Ernaux Annie : La place

Fasquelle Solange : Les falaises d'Ischia
Flaubert Gustave : L'éducation sentimentale
Flaubert Gustave : Madame Bovary
Franck Anne : Le journal D'anne Franck
Franck Dan : Les enfants
Franck Dan : Les adieux
Freud : Trois essais sur la théorie sexuelle
Freud : L'interprétation des rêves

Gallo Max : Les hommes naissent tous le même jour
Gide André : La symphonie pastorale
Giroud Francoise : Mon très cher amour

Hemingway Ernest : L'adieu aux armes ***
Hemingway Ernest : Le vieil homme et la mer **
Hickok Lorena-A : Le journal d'helen Keller
Hosseini Khaled : Les cerfs volants de Kaboul
Hosseini Kalhed : Mille soleils splendides
Hugo Victor : Les misérables
Hugo Victor : Notre Dame de Paris
Huston Nancy : Lignes de failles

Jardin alexandre : Fanfan *
Jauffret Régis : Microfictions

Khadra Yasmina : L'attentat
Kazan Elia : L'arrangement
Kazantzaki : Alexis Zorba **
Kennedy Douglas : La femme du 5ème
Kundera Milan : L'insoutenable liberté de l'être **

Labro Philippe : Quinze ans
Lajar Emile (Romain Gary) : La vie devant soi
Lapierre Dominique (& Collins) : Cinquième cavalier
Lawrence DH : L'amant de lady Chaterlay
Lawrence DH : Fils et amant
Leroy Didier : La sagesse afghane du malicieux Masroddine *
Lowery Bruce : La cicatrice

Maalouf Amin : Léon l'africain
Malraux André : La condition humaine **
Marivaux : Le jeu de l'amour et du hasard **
Marquez Gabriel Garcia : Cent ans de solitude
Maupassan : Contes du jour et de la nuit
Molière : Le malade imaginaire
Molière : L'avare
Morris : Le singe nu

Nabokov : Lolita ***
Ngozi Adichie Chimamanda : L'hibiscus pourpre
Notomb Amélie :Les combustibles *

Okrent Christine : Francoise Giroud
Osorio Elsa : Tango
Osenna Erik : La grammaire est une chanson douce
Osenna Erik : Les chevaliers du subjonctif
Osenna Erik : L'exposition coloniale

Pahlavi farah : Memoires
Paris Gilles : Autobiographie d'une courgette
Pennac Daniel : Messieurs les enfants *
Pennac Daniel : La fée carabine
Pennac Daniel : Comme un roman
Perec : La dispariton
Pulman : A la croisée des mondes

Radiguet Raymond : Le diable au corps ***
Redfield James : La prophétie des Andes
Romain Jules : Knock
Roth Philip : La bête qui meurt
Rufo : Détache moi

Sagan Francoise : Le lit défait
Sartre Jean Paul : Huit clos / les mouches ***
Sartre Jean Paul : Les mots ***
Sartre Jean Paul :La p. respectueuse/Mort sans sépulture ***
Schmitt Eric Emmanuel : Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran
Severin Jean : Le soleil d'olympe
Shan Sa : L'impératrice
Shan Sa : La joueuse de Go
Sijie Dai : Balzac et la petite tailleuse chinoise **
Steinbeck : Rue de la sardine
Stendhal :Le rouge et le noir
Stendhal : La chartreuse de Parme
Suskind : Le parfum *
Suskind : Le pigeon

Teulé Jean : Le magasin des suicides *
Tolkien : Bilbo le Hobit
Tourgueniev Yvan : Le premier amour **
Troyat Henri : la femme de David

Veil Simone : Une vie
Vian Boris : L'ecume des jours

Werber Bernard : L'empire des anges
Wiesel Elie : Le mendiant de Jérusalem
Wilde Oscar : Le portrait de Dorian Gray

Yoshikawa Eiji : La pierre et le sabre

Zola : L'assomoir **
Zola : Au bonheur des Dames
Zola : Nana **
Zola : Thérèze Raquin **
Zweig : Vingt quatre heures dans la vie d'une femme *
Zweig : Le joueur d'échecs**
# Posté le vendredi 01 février 2008 09:33
Modifié le jeudi 24 juillet 2008 08:24

Simone DE BEAUVOIR (écrivaine française -1908-1986 “On ne naît pas femme, On le devient ! (Le deuxième sexe)

Simone DE BEAUVOIR (écrivaine française -1908-1986  “On ne naît pas femme, On le devient !  (Le deuxième sexe)
Sa force de caractère, ses prises de positions dans l'histoire et sa contribution à la libération de la femme en fait une écrivaine incontournable du XX° siècle.

Née à Paris, reçoit une éducation bourgeoise, conformiste et religieuse. Elle est issue d'un milieu aisé (son père est avocat). Elle est l'aînée d'une famille de deux enfants. Sa mère est une catholique dévote qui élève ses deux filles dans un cadre strict et traditionnel. À 14 ans, Simone de Beauvoir devient athée et décide de consacrer sa vie aux études et à l'écriture. Elle étudie la philosophie à la Sorbonne à Paris où elle rencontre Jean-Paul Sartre avec qui elle partagera sa vie. En 1929, elle obtient l'agrégation de philosophie. Professeur à Marseille, Rouen, puis Paris, elle quitte l'enseignement en 1943, ne trouvant pas dans ce métier les conditions à « une émancipation totale ». C'est à cette époque qu'elle commence la carrière littéraire à laquelle elle aspirait. Ardente avocate de l'existentialisme incarné par son compagnon Jean-Paul Sartre, elle soulève des questionnements afin de trouver un sens à la vie dans l'absurdité d'un monde dans lequel nous n'avons pas choisi de naître.

À partir de 1947, les voyages se succèdent aux États-Unis, où elle séjourne en 1950, en Afrique et en Europe. Elle obtient le Prix Goncourt en 1954 pour Les Mandarins. Elle continue à voyager, en Chine (1955), à Cuba et au Brésil (1960), en Union soviétique (1962) tout en poursuivant la rédaction de ses mémoires et son action pour la libération de la femme. En 1971, elle assure la direction d'une revue d'extrême gauche, Les Temps Modernes, qu'elle a fondée avec Sartre. Jusqu'à sa mort, elle collabore à cette revue. Elle a écrit une partie de ses mémoires dans :Mémoires d'une jeune fille rangée, La force de l'age, La force des choses.

Philosophe, essayiste, romancière et dramaturge, elle domine la littérature féminine de son temps. Ses ouvrages autobiographiques font revivre toute une génération, celle de Saint-Germain-des-Prés. Indignée de voir la femme traitée comme un objet érotique, elle n'a cessé de mener une lutte passionnée pour sa libération. Le Second Sexe est devenu la bible du mouvement féministe mondial.


# Posté le mercredi 06 février 2008 02:30
Modifié le lundi 09 juin 2008 05:22

Mémoire d'une jeune fille rangée & La force de l'age & La force des choses.

Mémoire d'une jeune fille rangée &  La force de l'age & La force des choses.
Mon avis pour "Mémoire d'une jeune fille rangée" : Livre très bien écrit qui relate l'enfance, l'adolescence et le passage à la vie de femme de Simone de Beauvoir dans le carcan d'une famille catholique. Une période qui fut celle de ma grand mère. A lire.

Mon avis pour "La Force de l'age" : Dans la lignée du premier de sa biographie. Même si on sait qu'elle élude certaines vérités, ce livre est intéressant du point de vue de l'étude de l'époque. De plus elle y décrit ses randonnées et voyages. Pour avoir moi même visité des lieux communs, elle était une vraie aventurière avec le sac à dos, les chaussures de marche, et dormant souvent à la belle étoile. A lire.

Mon avis pour "La Force des choses" : Dans la continuité des deux premiers. La maturité arrive avec les prises de conscience d'après guerre, donc les prises de positions politiques s'affirment. Sa vie est toujours autant étroitement liée à celle de Sartre, cependant on y croise Nelson Algren et beaucoup de personnages connus (camus, Bost, Vian, Merleau-Ponty entre autres...). A lire.

Extraits de "mémoire d'une jeune fille rangée":

Demain j'allais trahir ma classe et déjà je reniais mon sexe; cela non plus, mon père ne s'y résignait pas: il avait le culte de la jeune fille, la vraie. Ma cousine Jeanne incarnait cet idéal: elle croyait encore que les enfants naissaient dans les choux.

Mon père avait tenté de préserver mon ignorance; il disait autrefois que lorsque j'aurais dix-huit ans il m'interdirait encore les Contes de François Coppée; maintenant, il acceptait que je lise n'importe quoi: mais il ne voyait pas beaucoup de distance entre une fille avertie, et la Garçonne dont, dans un livre infâme, Victor Margueritte venait de tracer le portrait.

Si du moins j'avais sauvé les apparences ! Il aurait pu s'accommoder d'une fille exceptionnelle à condition qu'elle évitât soigneusement d'être insolite: je n'y réussis pas. J'étais sortie de l'âge ingrat, je me regardais de nouveau dans les glaces avec faveur; mais en société, je faisais piètre figure.

Mes amies, et Zaza elle-même, jouaient avec aisance leur rôle mondain; elles paraissaient au "jour" de leur mère, servaient le thé, souriaient, disaient aimablement des riens; moi je souriais mal, je ne savais pas faire du charme, de l'esprit ni même des concessions.

Mes parents me citaient en exemple des jeunes filles "remarquablement intelligentes" et qui cependant brillaient dans les salons. Je m'en irritais car je savais que leur cas n'avait rien de commun avec le mien: elles travaillaient en amateurs tandis que j'avais passé professionnelle.

Je préparais cette année les certificats de littérature, de latin, de mathématiques générales, et j'apprenais le grec ; j'avais établi moi-même ce programme, la difficulté m'amusait; mais précisément, pour m'imposer de gaieté de c½ur un pareil effort, il fallait que l'étude ne représentât pas un à-côté de ma vie mais ma vie même: les choses dont on parlait autour de moi ne m'intéressaient pas.
Je n'avais pas d'idées subversives; en fait, je n'avais guère d'idées, sur rien; mais toute la journée je m'entraînais à réfléchir, à comprendre, à critiquer, je m'interrogeais, je cherchais avec précision la vérité: ce scrupule me rendait inapte aux conversations mondaines.

Somme toute, en dehors des moments où j'étais reçue à mes examens, je ne faisais pas honneur à mon père; aussi attachait-il une extrême importance à mes diplômes et m'encourageait-il à les accumuler. Son insistance me persuada qu'il était fier d'avoir pour fille une femme de tête; au contraire: seules des réussites extraordinaires pouvaient conjurer la gêne qu'il en éprouvait.

Simone de Beauvoir
# Posté le mercredi 06 février 2008 02:32
Modifié le vendredi 06 juin 2008 08:03

"La nausée" . Jean Paul Sarte (écrivain & philisophe français 1905-1980)

"La nausée" . Jean Paul Sarte (écrivain & philisophe français 1905-1980)
Extrait de la nausée :

La chose, qui attendait, s'est alertée, elle a fondu sur moi, elle se coule en moi, j'en suis plein. - Ce n'est rien: la Chose, c'est moi. L'existence, libérée, dégagée, reflue sur moi. J'existe.
J'existe. C'est doux, si doux, si lent. Et léger: on dirait que ça tient en l'air tout seul. Ça remue. Ce sont des effleurements partout qui fondent et s'évanouissent. Tout doux, tout doux. Il y a de l'eau mousseuse dans ma bouche. Je l'avale, elle glisse dans ma gorge, elle me caresse - et la voila qui renaît dans ma bouche, j'ai dans la bouche à perpétuité une petite mare d'eau blanchâtre - discrète - qui frôle ma langue. Et cette mare, c'est encore moi. Et la langue. Et la gorge, c'est moi.
Je vois ma main, qui s'épanouit sur la table. Elle vit - c'est moi. Elle s'ouvre, les doigts se déploient et pointent. Elle est sur le dos. Elle me montre son ventre gras. Elle a l'air d'une bête à la renverse. Les doigts, ce sont les pattes. Je m'amuse à les faire remuer, très vite, comme les pattes d'un crabe qui est tombé sur le dos. Le crabe est mort: les pattes se recroquevillent, se ramènent sur le ventre de ma main. Je vois les ongles - la seule chose de moi qui ne vit pas. Et encore. Ma main se retourne, s'étale à plat ventre, elle m'offre à présent son dos. Un dos argenté, un peu brillant - on dirait un poisson, s'il n'y avait pas les poils roux à la naissance des phalanges. Je sens ma main. C'est moi, ces deux bêtes qui s'agitent au bout de mes bras. Ma main gratte une de ses pattes, avec l'ongle d'une autre patte; je sens son poids sur la table qui n'est pas moi. C'est long, long, cette impression de poids, ça ne passe pas. Il n'y a pas de raison pour que ça passe. A la longue, c'est intolérable... Je retire ma main, je la mets dans ma poche. Mais je sens tout de suite, à travers l'étoffe, la chaleur de ma cuisse. Aussitôt, je fais sauter ma main de ma poche; je la laisse pendre contre le dossier de la chaise. Maintenant, je sens son poids au bout de mon bras. Elle tire un peu, à peine, mollement, moelleusement, elle existe. Je n'insiste pas: ou que je la mette, elle continuera d'exister et je continuerai de sentir qu'elle existe; je ne peux pas la supprimer, ni supprimer le reste de mon corps, la chaleur humide qui salit ma chemise, ni toute cette graisse chaude qui tourne paresseusement comme si on la remuait à la cuiller, ni toutes les sensations qui se promènent là-dedans, qui vont et viennent, remontent de mon flanc à mon aisselle ou bien qui végètent doucement, du matin jusqu'au soir, dans leur coin habituel.
Je me lève en sursaut: si seulement je pouvais m'arrêter de penser, ça irait déjà mieux. Les pensées, c'est ce qu'il y a de plus fade. Plus fade encore que de la chair. Ça s'étire à n'en plus finir et ça laisse un drôle de goût. Et puis il y a les mots, au-dedans des pensées, les mots inachevés, les ébauches de phrases qui reviennent tout le temps: "Il faut que je fini... J'ex... Mort... M. de Roll est mort... Je ne suis pas... J'ex..." Ça va, ça va... et ça ne finit jamais. C'est pis que le reste parce que je me sens responsable et complice. Par exemple, cette espèce de rumination douloureuse:
j'existe, c'est moi qui l'entretiens. Moi. Le corps, ça vit tout seul, une fois que ça a commencé. Mais la pensée, c'est moi qui la continue, qui la déroule. J'existe. Je pense que j'existe. Oh! le long serpentin, ce sentiment d'exister - et je le déroule, tout doucement... Si je pouvais m'empêcher de penser! J'essaie, je réussis : il me semble que ma tête s'emplit de fumée... et voila que ça recommence:
"Fumée... ne pas penser... Je ne veux pas penser... Je pense que je ne veux pas penser. Il ne faut pas que je pense que je ne veux pas penser. Parce que c'est encore une pensée."
On n'en finira donc jamais?
Ma pensée, c'est moi: voilà pourquoi je ne peux pas m'arrêter. J'existe par ce que je pense... et je ne peux pas m'empêcher de penser. En ce moment même - c'est affreux - si j'existe, c'est parce que j'ai horreur d'exister. C'est moi, c'est moi qui me tire du néant auquel j'aspire: la haine, le dégoût d'exister, ce sont autant de manières de me faire exister, de m'enfoncer dans l'existence. Les pensées naissent par derrière moi comme un vertige, je les sens naître derrière ma tête... si je cède, elles vont venir la devant, entre mes yeux - et je cède toujours, la pensée grossit, grossit, et la voilà, l'immense, qui me remplit tout entier et renouvelle mon existence. (...)
Je suis, j'existe, je pense donc je suis; je suis parce que je pense, pourquoi est-ce que je pense? je ne veux plus penser, je suis parce que je pense que je ne veux pas être, je pense que je... parce que... pouah!


Biographie de Jean-Paul Sartre :

Jean-Paul-Charles-Aymard-Léon-Eugène Sartre naît le 21 juin 1905, à Paris ; fils unique, il provient d'une famille bourgeoise : son père est polytechnicien, militaire, sa mère descend d'une famille d'intellectuels et de professeurs alsaciens, les Schweitzer. Il est le petit-neveu du célèbre Albert Schweitzer. Le petit Sartre ne connaîtra pas son père : il meurt de la fièvre jaune peu après sa naissance.

L'image du père est pourtant là : c'est son grand-père, Charles Schweitzer, homme à la personnalité imposante, qui l'éduque avant qu'il n'entre à l'école publique à 10 ans. De 1907 à 1917, le petit « Poulou », comme on l'appelle, va donc vivre avec sa mère chez les parents de celle-ci. Il y passe 10 années heureuses. Le petit Poulou va être adoré, choyé, félicité tous les jours, ce qui va sans doute construire chez lui un certain narcissisme. Dans la grande bibliothèque de la maison Schweitzer il découvre très tôt la littérature, et préfère lire plutôt que de fréquenter les autres enfants (enfance évoquée dans sa biographie Les mots).

Cette période se termine en 1917 : sa mère se remarie avec un polytechnicien, que Sartre (il a alors 12 ans) ne finira jamais de haïr. Ils déménagent alors à La Rochelle, où il restera de 12 à 15 ans, et qui seront pour lui des années de calvaire : Sartre passe en effet du paradis narcissique schweitzerien à la réalité des lycéens violents et cruels, tandis que l'enfant doit partager avec le nouveau mari une mère qui était auparavant sa propriété exclusive.

Vers l'été 1920, malade, Jean-Paul Sartre est rapatrié d'urgence à Paris. Soucieuse de son éducation qui pourrait être « pervertie » par les mauvais garçons du lycée du Havre, sa mère décide de l'y faire rester.

À 16 ans, Sartre réintègre le lycée Henri-IV où il était déjà passé deux ans auparavant. Il y rencontre Paul Nizan, lui aussi apprenti écrivain, avec qui il nouera une forte amitié jusqu'à sa mort en 1940. Épaulé par cette amitié, Sartre commence à se construire une personnalité. Pour l'ensemble de la classe d'élite – « option » latin et grec - dans laquelle il étudie, Sartre devient le SO, c'est-à-dire le « satyre officiel » : il excelle en effet dans la facétie, la blague. Dernière image des années lycéennes : Sartre et Nizan, ivres, joyeux de fêter leur facile succès au baccalauréat, auraient vomi sur les pieds du proviseur du lycée Henri-IV, à moitié sous l'effet des circonstances, à moitié par provocation.

Sartre, toujours accompagné de Nizan, fait ensuite son hypokhâgne et sa khâgne au lycée Louis-le-Grand. Il y fait ses premières armes littéraires, en écrivant notamment deux petits contes, deux sinistres histoires de professeurs de province, dans lesquelles éclatent son ironie et son dégoût pour les vies conventionnelles. Dans le même temps Sartre reprend son rôle d'amuseur public avec Nizan, jouant blagues et petites scènes entre les cours. Deux ans après leur entrée à Louis-le-Grand, Sartre et Nizan sont tous deux reçus au concours de l'École normale supérieure.

Après l'Ecole Normale Supérieure, Jean-Paul Sartre passe l'agrégation en 1929 - c'est à cette période qu'il fait la connaissance de Simone de Beauvoir. Il est nommé professeur de philosophie au lycée du Havre, puis à Neuilly en 1937.

La Seconde Guerre Mondiale, dans laquelle il est tour à tour soldat, prisonnier, résistant et auteur engagé, lui permet d'acquérir une conscience politique et de ne plus être l'individualiste qu'il a été dans les années 1930. Pendant la guerre, il rédige son premier essai qui deviendra son oeuvre philosophique majeure, "L'Être et le Néant", où il approfondit les bases théoriques de son système de pensée. Recruté par Albert Camus en 1944, il devient reporter dans le journal "Combat".

Dans les années qui suivent la libération, Jean-Paul Sartre connaît un énorme succès et une très grande notoriété comme chef de file du mouvement existentialiste qui devient une véritable mode. Dans la revue "Les Temps modernes" qu'il a créée en 1945, il prône l'engagement comme une fin en soi, avec à ses côtés Simone de Beauvoir, Merleau-Ponty et Raymond Aron.

Jean-Paul Sartre est l'héritier de Descartes et a été influencé par les philosophes allemands Hegel, Marx, Husserl, et Heidegger. Dans "l'Etre et le Néant", traité de l'existentialisme d'un abord difficile car s'adressant aux philosophes, il aborde les rapports entre conscience et liberté. L'ouvrage s'articule autour des thèmes de la conscience, de l'existence, du pour-soi (manière d'être de l'existant), de la responsabilité de l'être-en-situation, de l'angoisse lorsque la conscience appréhende l'avenir face à sa liberté, de la liberté d'échapper à l'enchaînement des causes et déterminations naturelles, du projet lorsque la conscience se projette vers l'avenir.

Pour Jean-Paul Sartre, Dieu n'existant pas, les hommes n'ont pas d'autres choix que de prendre en main leur destinée à travers les conditions politiques et sociales dans lesquelles ils se trouvent.

Le théâtre et le roman sont pour Jean-Paul Sartre un moyen de diffuser ses idées grâce à des mises en situation concrète (Huis clos, Les mains Sales, La nausée...). Il mène une vie engagée en se rapprochant du Parti communiste en 1950, tout en gardant un esprit critique, avant de s'en détacher en 1956 après les événements de Budapest.

Jean-Paul Sartre garde cependant ses convictions socialistes, anti-bourgeoises, anti-américaines, anti-capitalistes, et surtout anti-impérialistes. Il mène jusqu'à la fin de ses jours de multiples combats : contre la guerre d'Algérie et la guerre du Viêt-Nam, pour la cause palestinienne, les dissidents soviétiques, les boat-people.... Il refuse le prix Nobel de littérature en 1964 pour "Les Mots", récit autobiographique, car, selon lui, "aucun homme ne mérite d'être consacré de son vivant".
Bibliographie : La Nausée (1938), Le Mur (1939), Les mouches(1943), L'Etre et le Néant (1943), Huis clos (1945), L'âge de raison (1945), L'existentialisme est un humanisme (1945), Morts sans sépulture (1946), La Putain respectueuse (1946), Réflexion sur la question juive (1947), Les mains Sales (1948), Le Diable et le Bon Dieu (1951), Les Séquestrés d'Altona (1959), Critique de la raison dialectique (1960), Les mots) (1964).
# Posté le jeudi 07 février 2008 02:21
Modifié le samedi 12 juillet 2008 07:18